Élizabeth Tchoungui : « Mon combat féministe irrigue tous mes engagements »

Journaliste, animatrice TV et écrivaine, Élizabeth Tchoungui conjugue la lutte pour la diversité et son engagement pour les droits des femmes dans tout ce qu’elle fait. Elle a
choisi d’être présente à Bordeaux pour la journée femme lors des 5èmes Journées nationales des diasporas africaines le 31 mars prochain afin de partager ses engagements et son regard aiguisé sur la place des femmes dans le monde.

Avez-vous déjà eu l’occasion de prêter votre notoriété à une cause au féminin ?
Directement non, mais mes convictions féministes sont très fortes, à travers notamment les héroïnes combatives de mes romans. Ma carrière professionnelle s’est construite en fonction de cette cause féministe, un combat permanent pour l’égalité femmes-hommes, qui est toujours d’actualité malheureusement.

Vous êtes une figure du PAF, emblématique à la fois de la diversité et des femmes. Cette pluralité a-t-elle été un moteur pour vous ?
Cette spécificité s’est imposée à moi lorsque je suis entrée dans le monde du travail. Avant cela, la question de la diversité ethnico-culturelle faisait partie de ma vie puisque j’ai grandi dans une famille franco-camerounaise. Sur la question des combats de femmes, j’ai eu la chance d’être élevée par des parents convaincus que l’on pouvait tout faire comme les hommes, à condition de travailler à l’école et d’être indépendante. Rien ne nous était interdit si on s’en donnait les moyens. Je suis donc arrivée très naïvement sur le marché du travail, dans la plus grosse rédaction d’Europe, la fleur au fusil. En entrant dans l’open space, toute l’équipe s’est tournée vers moi comme si j’étais un éléphant rose à pois verts. En tant que femme, jeune et métisse, je cumulais trois handicaps à la fois. Mais ce sont ces obstacles qui ont forgé mon double combat pour la diversité et le droit des femmes. En démarrant ma carrière de journaliste, j’avais décidé d’être la première femme présentatrice d’un magazine d’une grande chaîne de télévision. C’est un combat que j’ai gagné sur France 2, preuve qu’il ne faut rien lâcher.

Aujourd’hui, quel rôle peuvent jouer les femmes de la diaspora dans le développement des villes françaises et africaines ?
Je suis convaincue que l’avenir de l’humanité passe par les femmes. Trop souvent assignées à résidence, elles doivent prendre le pouvoir et être plus offensives. D’où l’intérêt de pérenniser des événements comme les Journées nationales des diasporas, qui permettent de conjuguer les talents des unes et des autres pour impulser des initiatives communes.

Quels messages délivreriez-vous à vos « petites sœurs » pour les encourager à la réussite, les inspirer ?
Ne vous interdisez rien ! Restez vigilantes et mobilisées car les combats féministes sont toujours d’actualité. Nous vivons dans une société faite par des hommes, dans laquelle les femmes ont encore trop tendance à s’autocensurer. Il faut faire sauter le verrou ! Ne pas oublier non plus qu’il existe une vraie solidarité féminine dans le monde du travail.

Des projets pour 2017 ?
Je continue à officier pour Numéro 23, la chaîne de la diversité que je défends depuis très longtemps. Je présente également le magazine culturel sur France Ô. Côté écriture, mon troisième roman sur les diasporas est en préparation et devrait sortir à la fin de l’année. En tant que membre du conseil d’administration d’Action contre la faim, je me rendrai prochainement au Cameroun, dans des camps de réfugiés centrafricains, afin de mener une action pour les femmes autour de la nutrition et de la santé.

Les Journées nationales des diasporas africaines sont organisées à Bordeaux les vendredi 31 mars et samedi 1er avril.