#JNDA2017 : Engagement politique, donner la voix aux femmes (extraits)

Retour sur la table ronde avec :
Leïla Aïchi, sénatrice et avocate, marraine de la journée
Zeineb Lounici, praticienne hospitalière, conseillère municipale (Pessac)
Alvine Moutongo Black, adjointe au maire de Clichy- La-Garenne, professeur de Lettres et d’anglais
Nassénéba Touré, maire de la commune d’Odienne, en Côte d’Ivoire
Nancy Traoré, conseillère municipale (Bouscat), fondatrice de l’association Afric-fusion, préside le Collectif FEDA (Femmes des Diasporas Africaines)

Paroles de Leïla Aïchi
– C’est l’héritage de ma famille (algérienne) qui a motivé mon parcours d’avocate et mon engagement politique – notamment en faveur de l’écologie (je revois mon grand-père me sommant d’économiser l’eau ou de préserver la vie des abeilles…).
– Mon leitmotiv : combattre les injustices et les lobbies guidés par des intérêts purement économiques. À travers le parti EELV notamment, j’ai toujours visé une forme de politique « non politicienne », « humaniste » : une politique « habitée ».
-Les raccourcis et les clichés ont la peau dure : longtemps, on m’a spontanément proposé des missions liées au « droit des étrangers », au « droit d’asile », ou au « révolutions arabes »… il faut refuser la facilité, coûte que coûte.

Paroles de Nassénéba Touré
– En Côte d’Ivoire, il y a 197 maires, dont 11 femmes : le chiffre parle de lui-même.
– Aux USA, où j’ai fait mes études, je me suis retrouvée dans l’idéal démocrate, et j’ai commencé à militer. Une fibre « revigorée » par la crise ivoirienne en 2010, qui m’a rapprochée de la diaspora africaine sur le sol américain.
– Diplôme d’ingénieur en poche, j’ai pu officier comme analyste informaticienne dans les médias à Washington, puis à la Banque mondiale, avant de revenir sur mes terres ivoiriennes, par choix. Je me suis alors impliquée dans l’e-médecine et l’e-enseignement à l’Université d’Abidjan, puis dans l’intranet interministériel.
– Le contexte politique « aidant », j’ai souhaité rendre à ma commune d’Odienné ce qu’elle m’a donné : j’en suis devenue maire en 2013. La femme cherche rarement le pouvoir en soi, mais le pouvoir « de transformer ».

Paroles de Zeineb Lounici
– Née en Algérie dans une famille privilégiée (père médecin), mon engagement politique – et surtout citoyen – s’est révélé en France : c’est là que j’ai véritablement découvert la diversité, en tant que femme, arabe et musulmane.
– Pédiatre de formation, je suis arrivée en France pour obtenir un diplôme de radiologue et retourner en Algérie…mais les conditions de sécurité m’ont vite poussée à revenir. Exerçant à l’Institut Bergonié, j’ai trouvé ma place comme spécialiste du dépistage du cancer du sein, et comme conseillère municipale à Pessac.
– En politique comme ailleurs, la femme doit faire taire la petite voix en elle qui la fait trop souvent douter de sa légitimité. Elle doit surtout se former, pour s’approprier les codes d’un monde façonné par les hommes.

Paroles d’Alvine Moutongo Black
– Dans ma famille le dialogue était ouvert. Diplômée en sciences sociales, je suis rentrée toute jeune dans une grosse entreprise de construction française : j’étais « la petite négresse de service ». Devenue professeur de lettres, j’ai dû affronter la même incrédulité.
– Lorsque je me suis présentée aux cantonales, j’ai tenu à ne pas servir d’ « alibi »… À Clichy, on m’a pourtant confié la délégation des femmes…Je tiens ma mission avec élégance, mais l’air de rien, j’impose mes choix. Ma détermination est ferme.

Paroles de Nancy Traoré
– Je suis politicienne « depuis le sein de ma mère » : ma mère nous a, tout jeunes, appris à prendre en main le fonctionnement de la famille, et poussés à l’autonomie.
– En tant que conseillère municipale de la ville du Bouscat, j’encourage moi-même les femmes à se prendre en charge, en unissant leurs énergies.
– Mère de 6 enfants, je n’ai pas droit à l’erreur. Mes enfants connaissent mon engagement. Nous avons un devoir d’exemple.

Dans un monde politique « très masculinisé », le fameux plafond de verre demeure souvent infrangible. En Afrique a fortiori, où le phénomène de « chefferie » masculine est particulièrement fort – et la défiance vis-à-vis de la classe politique, très puissante.
La politique crée un rapport de force défavorable aux femmes – et il l’est d’autant plus que celles-ci ont tendance à mettre l’humain au centre de toute chose.
La solidarité féminine, peut-être plus qu’en aucun autre domaine, est ici déterminante… avis à chacune d’entre nous.

Les portraits des différentes intervenantes
#JNDA2017 : Paroles de femmes de la diaspora