#JNDA2017 : Paroles de femmes de la diaspora

Le 31 mars, la journée des Femmes de la diaspora mettait en avant les femmes de réseaux autour de 4 tables-rondes. Retour sur cette journée…

Au fil des échanges tissés tout au long de ces rencontres, les 18 intervenantes, ayant toutes des parcours qui forcent le respect mais chacune des trajets singuliers, ont mis en avant des ressemblances très fortes : « l’impression de se connaître depuis toujours », a même souligné la consultante Samia Brahimi.
Mais au-delà de la double culture franco-africaine qui les caractérise –  « un véritable trésor » a insisté Salima Haddour, ingénieure et communicante -, c’est leur statut de « femme-orchestre » qui les rapproche en premier lieu : cette énergie toute féminine qui permet de braver l’impossible, en conciliant vie active, vie de femme et vie de mère… même si le sentiment d’illégitimité (dans la carrière) et de culpabilité (vis-à-vis de l’entourage familial) reste un obstacle qui appelle une lutte permanente.
Elles se rejoignent enfin sur un point fondamental : plus que l’ambition, c’est la passion qu’elles désignent spontanément, lorsqu’il s’agit d’évoquer leurs parcours d’exception.

Notre pays commun, la France, a encore trop de mal avec les identités multiples : il tarde à reconnaître pleinement que diversité, mixité et parité sont avant tout sources de richesses. Chaque citoyen a là un rôle important à jouer. Les femmes avant tout… en faisant preuve d’une audace redoublée.

Nous avons sélectionné pour vous quelques extraits de ces échanges :
L’influence : un défi au féminin
Développement économique : l’audace d’entreprendre
Culture(s), une puissance douce
Engagement politique : donner la voix aux femmes

#JNDA2017 : L’influence, un défi au féminin (extraits)

Retour sur la table ronde avec :
Isabelle Berrier, Fondatrice & Présidente de Welcoming Diasporas
Joëlle Dubois, blogueuse (lecoindejoelle.com)
Karelle Vignon-Vullierme, journaliste, blogueuse culinaire (lesgourmandisesdekarelle.com)

Paroles de Karelle Vignon-Vullierme
On ne peut se revendiquer « africain » sans avoir vécu sur le continent, d’où mon installation au Sénégal, où j’ai fondé mon entreprise culinaire digitale – qui reçoit aujourd’hui 100 000 visites par mois.
– Je crois au pouvoir du visuel dans le phénomène de partage (mes recettes, internationales et africaines, sont photographiées étapes par étapes ou filmées), d’où ma préférence pour SnapChat et Instagram.

Paroles de Joëlle Dubois
– Aux premières heures des blogs, internet m’a permis de m’évader de ma vie de femme active et de mère – une forme d’émancipation.
– Tout le monde peut s’emparer de ce média, et le « personnifier » : j’ai choisi d’y parler cuisine, ma passion, avec sa particularité, le métissage.
– J’ai été un temps « influenceuse » pour des marques, mais j’y perdais ma liberté. Alors je suis revenue à mon blog et à mes racines camerounaises via la cuisine africaine, dont je m’applique à transmettre les savoirs et les traditions.

Paroles d’Isabelle Berrier
– Mon expérience à Soweto (Afrique du Sud), à 22 ans, dans un contexte d’apartheid, m’a beaucoup marquée. Spécialisée dans l’entreprenariat au féminin, je lance une plateforme collaborative, Welcoming diasporas.
– Dans les diasporas africaines, anglophones notamment, il existe un véritable élan entrepreneurial qui ne dépend pas d’une « nécessité », mais d’un vrai ressort créatif : il faut l’encourager !
– Aujourd’hui, les Africains des diasporas qui retournent sur le continent se tournent en priorité vers la création d’entreprise, c’est très nouveau. L’enjeu est considérable : l’Afrique est le 2èe continent au monde en termes de dynamique de croissance…
– Welcoming diasporas mène un projet pilote de conseil au Togo, pour encourager le retour à l’emploi chez les personnes issues des diasporas. Ouverture de la plateforme au 4ème trimestre 2017.

Ces femmes ont toutes trois créé leur propre métier grâce au numérique : une vie professionnelle qu’elle n’imaginaient pas à leurs débuts. Il faut exploiter ce formidable potentiel numérique, en l’encadrant et en l’expliquant de façon méthodologique aux jeunes : développer notamment l’accès au community management.
L’influence numérique doit être canalisée pour en faire un levier de développement économique. C’est le sujet majeur de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain : e-santé, e-éducation etc… Influence numérique/femmes/diasporas est un cocktail gagnant !

Les portraits des différentes intervenantes
#JNDA2017 : Paroles de femmes de la diaspora

#JNDA2017 : Développement économique, l’audace d’entreprendre (extraits)

Retour sur la table ronde avec :
Samia Brahimi, consultante et ingénieur
Hasnaâ Ferreira, chocolatière multi-primée (Bordeaux)
Salima Haddour, directrice générale d’Hopscotch Africa (conseil en communication)
Noura Moulali, créatrice de OuiExpat, appli collaborative d’intégration
Françoise Remarck-Le Guennou, directrice de la communication du groupe CFAO.

Paroles de Samia Brahimi
– Mon cabinet de conseil en nouvelles technologies (Paris/Alger), qui s’occupe de grands comptes, a fait partie des pionniers. En Algérie, dépassée par la demande, j’ai réalisé qu’il faut toujours travailler avec d’autres (« une seule main n’applaudit pas » dit un dicton algérien).
– Les femmes sont multi-potentielles, en Afrique notamment (énergiques, volontaires, passionnées). C’est aussi un risque de dispersion, qu’il faut canaliser.

Paroles de Noura Moulali
– Un voyage de reconnaissance au Maroc, où je n’ai pas réussi à rencontrer les « bonnes personnes », a inspiré mon projet d’application numérique, OuiExpat, pour mettre en contact expats et futurs expats (partage d’information, notamment entre femmes « accompagnatrices », une problématique récurrente pour les épouses, souvent contraintes à rester femmes au foyer). À cette fin, j’ai intégré l’incubateur Bordeaux Aquitaine pionnières : l’audace est essentielle, l’accompagnement est primordial.

Paroles de Hasnaâ Ferreira
– J’ai tenté la bijouterie, et d’autre domaines, mais sans conviction réelle. C’est ma passion pour le chocolat qui a pris le dessus. Mon constat : en tant que femme, il faut prouver dix fois plus sa légitimité, par le travail, l’excellence.

Paroles de Françoise Remarck-Le Guennou
– J’ai vécu 2 diasporas : en quittant une belle carrière parisienne pour retourner en Côte d’Ivoire (où j‘ai fait mon chemin jusqu’à la tête de l’antenne locale de Canal + ) pour élever mes futurs enfants avec une « vraie » qualité de vie… puis en revenant à Paris.
– Mon premier modèle d’entreprenariat était ma grand-mère africaine… qui a élevé 12 enfants grâce à son activité de vendeuse sur les marchés.
– En Afrique, les femmes qui visent une grande carrière sont très aidées par leur entourage pour concilier vie personnelle et professionnelle. C’est un réel atout.
-Dans l’entreprenariat au féminin, une qualité très féminine joue un rôle moteur essentiel : le sens de la transmission.

Paroles de Salima Haddour
– J’ai une double culture totalement assumée : c’est une formidable richesse dans le monde de l’entreprenariat, il est important d’en prendre pleinement conscience.
– Les femmes répondent davantage à la passion qu’à l’ambition pour se hisser en haut de l’échelle. Au sein d’Hopscotch Africa, je suis aujourd’hui une ingénieure des Ponts et chaussées qui fait de la communication, ce qui souvent étonne…mais finalement, à ma façon, je construis des ponts !

Un point commun à ces 5 femmes : elles ont « franchi le pas », en enjambant leurs frustrations. Bien que diplômées de grandes écoles, elles ont su écouter leurs penchants, leurs goûts, leurs envies, leurs dons, pour en faire le socle de leur vie professionnelle : bien souvent le cœur a guidé la raison, le vécu (enfance, famille, rencontres) a dicté le projet.Cette faculté à décloisonner, à nourrir leur vie personnelle de leur travail et vice-versa, est devenue leur force. À la manière d’Hasnaâ, restée femme et mère dans son trajet d’excellence comme chocolatière…n’hésitant pas à allaiter son bébé pendant la pause, sous le regard ahuri de l’entourage. Un verbe les résume toutes : oser.

Les portraits des différentes intervenantes
#JNDA2017 : Paroles de femmes de la diaspora

#JNDA2017 : Culture(s), une puissance douce (extraits)

Retour sur la table ronde avec :
Suzanne Diop, co-dirige la maison d’édition Présence Africaine
Azama Effilochée, artiste plasticienne
Patricia Houéfa Grange, poète et traductrice littéraire
Rachel Khan, comédienne et auteure, en charge de la communication de Causette
Elizabeth Tchoungui, journaliste TV pour Numéro 23 et sur France Ô, auteure

Paroles d’Elizabeth Tchoungui
– J’ai choisi le journalisme par goût de la liberté, et l’écriture littéraire pour exprimer ma « rage ». J’aime briser des tabous, comme dans mes récents écrits érotiques.
– Je porte un double engagement, pour les femmes et pour la diversité…J’ai compris dès le début de mon parcours professionnel que j’allais devoir me battre 3 fois plus qu’un(e) autre.
– J’ai poursuivi un « rêve » : présenter une émission culturelle du soir à la télé, ce qui est devenu réalité sur France 2. Mais erreur : je ne cultivais pas mon carnet d’adresses. Mon conseil : cultivez vos « réseaux » ; visez haut…à hauteur de vos rêves.

Paroles de Rachel Kahn
– Ce qui m’intéresse, c’est la diversité des personnes et des horizons qui se croisent. En cela, la diaspora est une mine ! La culture aussi.
– Je suis « née dans un livre », mon père ayant rencontré ma mère dans la librairie qu’elle tenait. Écrire un roman était donc « la moindre des choses ». Écrire me permet de revendiquer en m’amusant, sans me fondre dans aucune forme de pouvoir ou de schéma extérieurs.
– Je me rêvais danseuse étoile, on me conseillait plutôt le hip-hop… j’ai pris ma « revanche » en pratiquant l’athlétisme à haut niveau. Mais je suis aussi comédienne. Et auteure. Il ne faut pas reculer devant les barrières. Sautez !

Paroles d’Azama Effilochée
-La résilience n’a pas d’âge. C’est un bout de tissu trouvé par hasard et que j’ai travaillé en l’effilochant qui m’a permis de m’éloigner du néant et de faire passer la lumière dans ma vie. Pour être libre, j’ai d’abord fait des études ; les bouts de tissu m’ont suivi dans des boîtes, jusqu’à ce que je commence à montrer mon travail sur les « effilochés » il y a 3 ans : une sortie dans le monde.

Paroles de Patricia Houéfa Grange
– Des professeurs de lettres m’ont encouragée à écrire. Puis j’ai voulu donner une voix à mes textes : je suis devenue « diseuse », accompagnée de sons et musique : un espace de liberté.
– La traduction est venue à moi petit à petit, une autre voie vers la littérature – que l’on me déconseillait. Mais j’y ai trouvé ma place. Je crois au métissage politique et artistique : nous avons tous des identités multiples.

Paroles de Suzanne Diop
– La mythique revue Présence Africaine, a été fondée par Alloune Diop en 1947, avec le soutien de Sartre, de Camus, de Leiris… Elle offrait pour la première fois une vraie tribune aux intellectuels du monde noir, et c’est toujours le cas aujourd’hui. La maison d’édition éponyme que je co-dirige (créée 2 ans plus tard), a publié des romans devenus des classiques, dont l’œuvre de Césaire.
– Je me considère comme une modeste « passeuse », qui aide à perpétuer la présence africaine en France et en-dehors du continent. La culture est une respiration.

« Mutabilité, adaptabilité : nous, femmes, savons aisément nous conformer aux règles et aux normes. Mais notre idéal est de créer nos propres modèles, nos propres codes, ouvrir nos propres fenêtres sur le monde. La culture est le champ le plus vaste et le plus libre pour laisser parler cette énergie. C’est aussi l’espace le plus ouvert aux métissages de tous ordres. »
C’est en substance ce qu’ont  martelé les 5 intervenantes de cette table-ronde.

Les portraits des différentes intervenantes
#JNDA2017 : Paroles de femmes de la diaspora

#JNDA2017 : Engagement politique, donner la voix aux femmes (extraits)

Retour sur la table ronde avec :
Leïla Aïchi, sénatrice et avocate, marraine de la journée
Zeineb Lounici, praticienne hospitalière, conseillère municipale (Pessac)
Alvine Moutongo Black, adjointe au maire de Clichy- La-Garenne, professeur de Lettres et d’anglais
Nassénéba Touré, maire de la commune d’Odienne, en Côte d’Ivoire
Nancy Traoré, conseillère municipale (Bouscat), fondatrice de l’association Afric-fusion, préside le Collectif FEDA (Femmes des Diasporas Africaines)

Paroles de Leïla Aïchi
– C’est l’héritage de ma famille (algérienne) qui a motivé mon parcours d’avocate et mon engagement politique – notamment en faveur de l’écologie (je revois mon grand-père me sommant d’économiser l’eau ou de préserver la vie des abeilles…).
– Mon leitmotiv : combattre les injustices et les lobbies guidés par des intérêts purement économiques. À travers le parti EELV notamment, j’ai toujours visé une forme de politique « non politicienne », « humaniste » : une politique « habitée ».
-Les raccourcis et les clichés ont la peau dure : longtemps, on m’a spontanément proposé des missions liées au « droit des étrangers », au « droit d’asile », ou au « révolutions arabes »… il faut refuser la facilité, coûte que coûte.

Paroles de Nassénéba Touré
– En Côte d’Ivoire, il y a 197 maires, dont 11 femmes : le chiffre parle de lui-même.
– Aux USA, où j’ai fait mes études, je me suis retrouvée dans l’idéal démocrate, et j’ai commencé à militer. Une fibre « revigorée » par la crise ivoirienne en 2010, qui m’a rapprochée de la diaspora africaine sur le sol américain.
– Diplôme d’ingénieur en poche, j’ai pu officier comme analyste informaticienne dans les médias à Washington, puis à la Banque mondiale, avant de revenir sur mes terres ivoiriennes, par choix. Je me suis alors impliquée dans l’e-médecine et l’e-enseignement à l’Université d’Abidjan, puis dans l’intranet interministériel.
– Le contexte politique « aidant », j’ai souhaité rendre à ma commune d’Odienné ce qu’elle m’a donné : j’en suis devenue maire en 2013. La femme cherche rarement le pouvoir en soi, mais le pouvoir « de transformer ».

Paroles de Zeineb Lounici
– Née en Algérie dans une famille privilégiée (père médecin), mon engagement politique – et surtout citoyen – s’est révélé en France : c’est là que j’ai véritablement découvert la diversité, en tant que femme, arabe et musulmane.
– Pédiatre de formation, je suis arrivée en France pour obtenir un diplôme de radiologue et retourner en Algérie…mais les conditions de sécurité m’ont vite poussée à revenir. Exerçant à l’Institut Bergonié, j’ai trouvé ma place comme spécialiste du dépistage du cancer du sein, et comme conseillère municipale à Pessac.
– En politique comme ailleurs, la femme doit faire taire la petite voix en elle qui la fait trop souvent douter de sa légitimité. Elle doit surtout se former, pour s’approprier les codes d’un monde façonné par les hommes.

Paroles d’Alvine Moutongo Black
– Dans ma famille le dialogue était ouvert. Diplômée en sciences sociales, je suis rentrée toute jeune dans une grosse entreprise de construction française : j’étais « la petite négresse de service ». Devenue professeur de lettres, j’ai dû affronter la même incrédulité.
– Lorsque je me suis présentée aux cantonales, j’ai tenu à ne pas servir d’ « alibi »… À Clichy, on m’a pourtant confié la délégation des femmes…Je tiens ma mission avec élégance, mais l’air de rien, j’impose mes choix. Ma détermination est ferme.

Paroles de Nancy Traoré
– Je suis politicienne « depuis le sein de ma mère » : ma mère nous a, tout jeunes, appris à prendre en main le fonctionnement de la famille, et poussés à l’autonomie.
– En tant que conseillère municipale de la ville du Bouscat, j’encourage moi-même les femmes à se prendre en charge, en unissant leurs énergies.
– Mère de 6 enfants, je n’ai pas droit à l’erreur. Mes enfants connaissent mon engagement. Nous avons un devoir d’exemple.

Dans un monde politique « très masculinisé », le fameux plafond de verre demeure souvent infrangible. En Afrique a fortiori, où le phénomène de « chefferie » masculine est particulièrement fort – et la défiance vis-à-vis de la classe politique, très puissante.
La politique crée un rapport de force défavorable aux femmes – et il l’est d’autant plus que celles-ci ont tendance à mettre l’humain au centre de toute chose.
La solidarité féminine, peut-être plus qu’en aucun autre domaine, est ici déterminante… avis à chacune d’entre nous.

Les portraits des différentes intervenantes
#JNDA2017 : Paroles de femmes de la diaspora